Attention aux denrées agricoles !

11 octobre 2021

Les prix des denrées agricoles, en particulier des céréales, ne cesse de monter. Pour limiter les impacts économiques mais aussi sociaux, une approche coordonnée est nécessaire.

Depuis un an, les prix des denrées alimentaires ne cessent de progresser. L’indice composite mensuel de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, a ainsi enregistré pour le mois de septembre un record depuis 2011. En hausse de 13% depuis le début de l’année et de plus de 32% depuis un an, il est tiré par la composante « céréales » et en particulier par le blé, qui progresse de plus de 40% en un an.

Cette envolée s’explique d’abord par des facteurs climatiques : chaleur extrême en Amérique du Nord ayant dégradé la récolte de blé dur, et pluies incessantes en Europe de l’Ouest et en Russie, affectant la quantité mais surtout la qualité des moissons. La Fédération de Russie estime ainsi sa récolte 2021 à un peu plus de 72 millions de tonnes contre 85 millions en 2020.

Mais elle s’explique aussi par des choix politiques forts dont les impacts commencent seulement à être ressentis : limitations de plus en plus strictes de l’usage des pesticides et des engrais chimiques en Europe, incitation à orienter les productions céréalières vers le biocarburant aux Etats-Unis et décision en décembre 2020 de la Russie de taxer le blé exporté à hauteur de 25 euros la tonne (soit plus de 15% du prix de l’époque) pour alimenter en priorité son marché national et tenter de limiter l’inflation intérieure.

Cette pression constante à la hausse n’a pu être compensée par certaines bonnes nouvelles comme la détente récente du prix du porc, grâce à la montée en puissance du cheptel chinois, en reconstitution rapide après la terrible épizootie de grippe de 2020, et par le ralentissement de la montée des prix du sucre, après de bonnes nouvelles en provenance de l’Inde et de la Thaïlande, grands exportateurs de cette denrée essentielle à l’industrie agroalimentaire mondiale.

Ce phénomène d’inflation des prix agricoles, qui tranche avec une longue atonie, vient alimenter les craintes d’une inflation persistante via l’industrie agroalimentaire, également touchée par l’envolée des prix du transport et des matières premières d’emballage à base de pétrole comme le plastique. Au total, les prix du pain mais aussi des spaghettis et autres tortellinis, pourraient bien grimper d’au moins 10% d’ici quelques mois, comme l’a souligné début septembre le Sifpaf, syndicat français des fabricants de pâtes alimentaires.

Au-delà de l’impact sur le pouvoir d’achat des consommateurs européens et américains, déjà mis à rude épreuve par la montée des prix de l’énergie, le volet social devra également être surveillé de près et tout spécialement dans les pays émergents : la dernière envolée des prix du blé, en 2010, avait été une des étincelles à l’origine des agitations politiques au Proche et au Moyen-Orient, dite « du Printemps arabe », et le peuple chinois, historiquement, peut rapidement perdre patience lorsque les prix de l’alimentation ampute son niveau de vie.

Pour limiter ces conséquences néfastes, une approche coordonnée au niveau mondial s’impose afin d’éviter que les stocks de précaution ne perturbent encore plus le marché. Et, à l’heure où le projet « Farm to fork » de la Commission Européenne souhaite baisser encore de moitié l’usage des pesticides et diminuer celui des engrais de 20% à horizon 2030, une revue réaliste des ambitions réglementaires de toutes les zones, à l’aune des nécessaires équilibres entre préservation du capital terrestre et approvisionnement alimentaire mondial, semble plus que jamais indispensable.

Par Wilfrid Galand, Directeur Stratégiste