Les GAFA ne sont pas les ennemis de la croissance

Les GAFA ne sont pas les ennemis de la croissance

Les géants de la technologie sont attaqués de toutes parts. Mais le prix de la préservation de la concurrence pourrait être élevé si les passions réglementaires se déchainent

Aux États-Unis, en Europe, en Chine, l’heure est au branle-bas de combat pour mettre au pas les géants de la technologie.

La nomination Outre-Atlantique de Lina Khan à la tête de la Federal Trade Commission a sonné la charge. Cette juriste, de 32 ans, diplômée de la Yale Law School, s’est fait connaître il y a tout juste huit ans dans une contribution pour Time Magazine où elle déplorait que la quarantaine de douceurs proposées dans les paniers « enfants » pour Halloween étaient l’œuvre de trois grands groupes agroalimentaires seulement, un véritable « cartel des sucreries ».

Par la suite, c’est sur les GAFA qu’elle s’est concentrée. Google, Facebook, Apple et surtout Amazon, sont autant de mastodontes dont elle n’a eu de cesse de démontrer les pratiques prédatrices ou anti-concurrentielles. Sa recherche de 2017 intitulée « Amazon, le paradoxe de l’antitrust » est devenue rapidement l’étendard des politiques les plus engagés pour durcir la réglementation à destination de ces géants.

En sus de cette nomination le vote, jeudi 24 juin, en commission judiciaire du Sénat américain, de plusieurs projets de lois visant à limiter les achats de start-ups par les grands groupes technologiques, à favoriser l’interopérabilité des plates-formes, ou encore à réguler la concurrence entre ceux-ci et leurs partenaires, signale clairement que le temps de la béatitude se termine.

En Europe, si l’angle concurrentiel et utilisation des données personnelles, est désormais très présent au travers des durcissements envisagés des réglementations européennes, c’est le prisme fiscal qui domine l’actualité. L’intégration d’un volet spécifique aux grandes entreprises du numérique dans les négociations sur un impôt minimal mondial est au cœur des discussions avec les Etats-Unis, notamment lors du prochain G20 finances des 9 et 10 juillet à Venise.

Les autorités chinoises ne sont pas en reste dans ce mouvement mondial. L’arrêt soudain du processus d’entrée en bourse de la filiale financière d’Alibaba en décembre dernier, à quelques jours de la première cotation, a donné le ton : aucune entreprise privée n’est au-dessus du bien commun.

Depuis, les mesures se sont multipliées pour faire rentrer dans le rang le monde de la technologie : renforcement des règles prudentielles pour la finance en ligne, limitation très stricte des activités liées aux crypto-monnaies, surveillance des levées de fonds. Le résultat est clair : depuis début avril, les entreprises chinoises du secteur de la technologie ont levé à peine 6 milliards de dollars contre 17 milliards au premier trimestre, d’après les chiffres de Dealogic.

Tout le secteur, partout, est donc sous pression. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, après avoir battu tous les records de croissance l’an dernier, l’indice Nasdaq progresse bien moins cette année que notre CAC40.

Faut-il s’en féliciter ? Oui, par bien des aspects. D’abord parce que la puissance financière de ces géants peut finir par éteindre toute innovation concurrente. Aux Etats-Unis, le « taux de natalité » des entreprises est en chute depuis dix ans et l’appétit féroce des GAFA n’y est pas étranger. Ensuite en raison du très fort manque à gagner des Etats résultant de l’inadaptation des règles fiscales à la dématérialisation des activités. Enfin car les utilisateurs de ces services doivent être éclairés quant à l’utilisation de leurs données personnelles et aux conséquences de celle-ci.

Mais attention à ne pas aller trop loin, trop vite. Les GAFA, par les services qu’elles apportent, souvent à moindre coût – facial il est vrai – contribuent à fluidifier la vie économique, notamment en dehors des grandes métropoles. Leur puissance financière est également un puissant vecteur d’innovation qui a mis en mouvement des secteurs longtemps considérés comme trop lourds pour des acteurs privés, comme le spatial.

Équilibre, coordination et sens du temps, sont donc plus que jamais incontournables pour intégrer avec fermeté mais lucidité ces géants dans le nouvel ordre réglementaire international et ne pas casser la dynamique économique… ni celle des marchés où le poids de ces entreprises est considérable !