L’approche « Zéro-CoVid » de l’Asie n’est pas la meilleure

26 juillet 2021

Avec l’arrivée du variant « Delta, la stratégie « Zéro-CoVid » de plusieurs pays asiatiques pourrait bien se révéler plus coûteuse que les approches européennes et amé-ricaines, plus pragmatiques bien que parfois moins lisibles.

La cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Tokyo, dans une enceinte dépourvue de tout public à l’exception de quelques officiels, l’a rappelé avec force : face au variant Delta, l’insouciance n’est pas de mise. Et d’autant plus au Japon, symbole de la stratégie « Zéro-Covid » dans une grande partie de l’Asie.

Dès le début de l’épidémie, les grandes puissances asiatiques ont en effet appliqué très vite et avec force des mesures strictes de limitation des interactions sociales et économiques pour briser la propagation du virus.

Sans aller jusqu’à égaler la politique très dure de la Chine début 2020, ses voisins coréens, japonais, australiens ou néo-zélandais ont ainsi tous mis en œuvre des mesures drastiques générales ou locales pour parvenir à l’objectif du « Zéro CoVid ».

Le résultat, flatteur dans un premier temps, s’avère finalement beaucoup plus coûteux que prévu. D’abord parce que cette tactique de forteresse assiégée suppose de limiter au maximum les échanges humains avec les autres pays, ce qui pèse sur la croissance. La Chine est ainsi toujours fermée au reste du monde et n’envisage d’ouvrir très partiellement ses frontières qu’en 2022.

Mais surtout parce que face à la quasi-disparition de l’épidémie, la pression sociale et politique n’a pas été suffisante pour initier et déployer rapidement les campagnes de vaccination. Elles ont été très lentes à démarrer dans la toute la zone. Le Japon a par exemple attendu mars 2021 pour agréer son premier vaccin. Même la Chine, réputée pour sa discipline, n’a vacciné massivement qu’à partir d’avril 2021.

Or malgré tous les efforts des autorités nationales, le virus passe les frontières et le variant Delta, beaucoup plus contagieux, redonne de la vigueur à l’épidémie alors que l’immunité vaccinale et historique est faible.

Même des pays-îles comme l’Australie ne sont pas totalement à l’abri et, depuis fin juin, Sydney enchaine les confinements stricts, au prix d’une baisse très marquée de son indicateur avancé des directeurs d’achats du secteur des services, à 44,2 pour le mois de juillet, très en dessous du seuil de 50 qui sépare l’expansion de la récession.

La stratégie américaine et britannique en la matière, ancrée depuis début 2021 autour d’une diffusion à marche forcée des vaccins afin de limiter au maximum les perturbations de la vie sociale et économique, se révèle aujourd’hui moins contraignante pour l’économie.

Bien sûr, la situation demeure fragile, en particulier dans les Etats américains où la couverture vaccinale est faible, et l’épidémie n’a pas dit son dernier mot. Mais le dynamisme de l’activité reste réel, comme l’indique notre indicateur MMS de Momentum économique américain, à 62.

L’Europe continentale a adopté une politique à mi-chemin entre l’intransigeance asiatique et la souplesse anglo-saxonne. Elle a combiné depuis plusieurs mois les mesures ciblées de freinage et le déploiement, d’abord poussif puis très rapide à partir d’avril, de la vaccination.

Cette stratégie est désormais à l’épreuve du variant Delta qui pourrait rapidement mettre sous tension les systèmes de santé ainsi que les opinions publiques, très divisées sur les politiques de « pass sanitaires » qui se déploient en France et en Italie. L’équilibre estival entre risque sanitaire et préservation de la santé économique et sociale du Vieux Continent sera délicat à trouver. La poursuite de la bonne dynamique des indices européens, malgré le soutien réitéré de la BCE, est à ce prix.