“La Bourse en 2018:gare au krach !” Valeurs Actuelles du 14 décembre 2017 – SPECIAL PLACEMENTS

14 décembre 2017

La Bourse en 2018 : gare au krach !

 

En 2018, si vous n’êtes pas prêt à accepter une très forte correction éventuelle des marchés, alors n’investissez pas en Bourse ! Pour Meyer Azogui, président de Cyrus Conseil, le premier cabinet de gestion de patrimoine avec un encours de 3,4 milliards d’euros, la situation est inédite. La banque Goldman Sachs, célèbre pour avoir prédit le krach de 2008, estime, elle, que les marchés n’ont jamais été aussi chers depuis 1900 ! Rien ne peut plus justifier désormais la poursuite de la tendance de l’année 2017 : le Cac 40 a progressé de près de 11 % depuis le 1er janvier et les indices américains entre 23 et 27 %. Depuis son plus bas consécutif à la crise de 2008, le Dow Jones a vu sa valeur passer de 6 600 points à plus de 24 000 points ! Mais les performances du passé n’augurent pas celles de l’avenir. C’est une évidence, certes, mais elle devrait être inscrite sur le fronton de Wall Street tant il est important aujourd’hui d’inciter les épargnants à la prudence. « Partout les niveaux sont très élevés : actions européennes, américaines, asiatiques, les produits de dettes, l’immobilier », poursuit Meyer Azogui. À commencer par les valeurs technologiques américaines, les fameux Gafam — Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft. Sans oublier les géants chinois BATX — Baidu, Alibaba, Tencet et Xiaomi. Chacune de ces sociétés américaines ou chinoises sont valorisées entre 100 et plus de 800 milliards de dollars (de 85 à plus de 680 milliards d’euros)! Et même si Morgan Stanley prévoit, dans un calcul optimiste, qu’Amazon pourrait bien valoir 1000 milliards de dollars d’ici à fin 2018, d’autres financiers, plus prudents, craignent que la bulle éclate sur le secteur technologique.

La surprise viendra de l’inflation

Lors de leur dernière conférence, intitulée “La crise est finie, vive la crise ?”, les économistes de Lombard Odier et Cie SA se sont interrogés sur les raisons qui pourraient entraîner une correction majeure. « Le moteur économique va vers la surchauffe », a prévenu Samy Chaar, le chef économiste. À ses yeux, la (bonne) surprise en 2017 était celle de la croissance du PM. À l’échelle mondiale, elle atteindra 3,7%. Elle devrait être de 2,2% l’an prochain en Europe et 2,5% aux États-Unis. « En 2018, la surprise viendra de l’inflation », poursuit l’expert. Et de rappeler que, depuis vingt ans, les prix sont stables en raison des effets de la mondialisation, des changements technologiques, d’une démographie vieillissante et des surcapacités de production. Car en cas d’accélération de la hausse des prix, il y a un risque majeur : les banques centrales augmenteront le coût du crédit. La Réserve fédérale américaine (Fed), qui a déjà entamé son cycle de resserrement quantitatif ; devrait le poursuivre jusqu’en 2020. De son côté, la Banque centrale européenne, qui marche sur les traces de la Fed avec un décalage de quatre ans, mettrait fin à ses rachats massifs de titres dès l’an prochain, selon les experts de Lombard Odier, avant de relever ses taux en 2019. Conséquence, les cours des obligations, qui évoluent à l’inverse des taux, se dévaloriseront. Parmi les risques, une erreur de politique monétaire de la part des banques centrales et/ou un effondrement du bitcoin pourrait entraîner un krach monétaire et obligataire (lire notre entretien pages suivantes). Face à ces menaces, s’il n’est pas question de liquider l’ensemble de son portefeuille, les experts invitent à la prudence et à la diversification. Il fut un temps où ils n’avaient le choix qu’entre le financier coté et l’immobilier. Aujourd’hui, on ajoute une autre classe d’actifs. Le non coté, aussi bien en actions mais aussi en dette et en immobilier », précise Meyer Azogui. Il prend en exemple le fonds Phoenix Club Invest, qui investit dans l’immobilier avec effet de levier (emprunt) de 50% et qui permet d’espérer une performance de 8 % moyennant une indisponibilité du capital pendant cinq à sept ans. « D’autres solutions existent : il faut mieux exploiter la classe obligataire, à la faveur des obligations convertibles par exemple », ajoute Samy Chaar. Et aussi « céder un peu de liquidité », ajoute-t-il. En somme, avoir une partie de son épargne en cash, pour prévenir un effondrement. Dans l’allocation d’actifs de bon père de famille ou encore appelé “profil équilibré”, la poche de monétaire, qui ne rapporte rien, atteint jusqu’à 15% de la valeur des placements, ce qui traduit bien le sentiment de retenue des gérants actuellement. Ce qui compte finalement, c’est de conserver en risque seulement la part du patrimoine qui ne remet pas en cause l’équilibre financier de sa famille. Un investisseur averti en vaut deux.

Craignez-vous un krach ?

Hugues Dubly, Directeur général de Transatlantique Gestion

Les actions nous semblent toujours être la classe d’actifs la plus intéressante, mais il est vrai que leur performance pourrait être moindre en 2018 : cela pour des raisons économiques (remontée probable des taux d’intérêt et de l’inflation…), politiques, géopolitiques (Corée du Nord par exemple) et tout simplement intrinsèques aux marchés actions : les niveaux de valorisation sont désormais supérieurs aux moyennes historiques.

Éric Doutrebente, Président de La Financière Tiepolo

Si l’année 2018 s’annonce favorablement en termes de bénéfices, on ne peut ignorer les nuages qui se profilent à l’horizon sans pour autant faire dérailler le train de la reprise. Un dollar américain plus faible ou des politiques monétaires plus restrictives durant l’année pourraient amener un peu plus de volatilité…

Marc Renaud, Président de Mandarine Gestion

Il devient en effet difficile de croire à une hausse des valorisations. Il est communément admis que les marchés sont bien valorisés.

Cela veut dire que seule une forte croissance des bénéfices peut justifier une nouvelle hausse des marchés…

Marc Renaud

L’Europe est clairement une zone où la croissance bénéficiaire continuera à être solide en 2018 même si l’on peut, ici ou là, trouver dans les marchés émergents, zone non homogène, des îlots de forte croissance dans ce contexte de reprise cyclique globale.

Xavier d’Ornellas Gérant associé d’Arnplegest

Les pays émergents, grâce à la conjonction du poids des sociétés de technologie chinoises et indiennes et de la reprise cyclique au Brésil ou en Russie, devraient connaître cette année encore un rythme de progression soutenu des bénéfices à environ 13%. Les marges des entreprises aux États-Unis devraient surprendre encore une fois. L’impact de la réforme fiscale et le poids des valeurs liées à l’innovation, pas seulement les Gafa, conduiront à une accélération de la croissance des résultats par rapport à 2017. La politique de Donald Trump est finalement appréciée de Wall Street ?

Guillaume Dard Président de Montpensier Finance

L’influence de la politique de Donald Trump sur Wall Street dans les prochains mois est ambiguë et susceptible de nombreux rebondissements. Au début de son mandat, le président américain a cru que sa victoire lui permettrait de mettre rapidement en action son programme électoral controversé. Bien évidemment, le système constitutionnel de “checks and balances” l’en a empêché. Il vient d’obtenir en fin d’année un grand succès avec le vote de sa réforme fiscale par les parlementaires républicains. Ceux-ci ne pouvaient décemment affronter les midterm élections de 2018 sans avoir avancé sur le sujet de la réduction des impôts. Cette réforme sera probablement un plus pour une économie américaine dont le cycle de croissance s’allonge avec une vigueur étonnante.

Christopher Dembik, Chef économiste de Saxo Bank

Ce qu’on observe lorsqu’on discute avec des investisseurs américains, y compris au plus fort des tensions entre les États-Unis et la Corée du Nord, c’est que tous les espoirs de hausse des marchés financiers reposent sur la réforme fiscale de Trump. Nous avons toujours considéré qu’elle surviendrait plus tard que prévu et surtout qu’elle serait moins favorable qu’escompté pour les entreprises. Nous tablons sur une adoption au premier trimestre 2018, ce qui veut dire, au regard du calendrier et de l’approche des élections de mi-mandat, qu’il y aura un rééquilibrage des baisses d’impôt en faveur des contribuables au détriment des entreprises. Comme les attentes liées à la réforme ont soutenu le marché ces derniers mois, une déconvenue pourrait permettre une correction mais qui serait finalement plutôt saine au regard des valorisations actuelles. Le principal risque de correction ne vient-il pas d’une hausse des taux directeurs américains ?

Guillaume Dard

Si Wall Street apprécie une économie en forme, la Bourse tient surtout à une politique de taux d’intérêt modérés. Jerome Powell [qui devrait prendre la présidence de la Réserve fédérale début février, NDLRI s’annonce comme un homme conciliant, bien dans le sillage de Janet Yellen, mais il devra réagir plus strictement si l’inflation dépasse 2%. Donald Trump connaîtra une année 2018 mouvementée : l’enquête sur les contacts de son entourage avec la Russie et les provocations nord-coréennes pourraient réveiller la volatilité disparue à Wall Street.

Philippe de Saint Martin, Président de Cogefi

Les tensions inflationnistes que nous anticipons auront des répercussions inévitables sur le marché obligataire, ce qui impactera les marchés actions. C’est pour cela que les épargnants devront éviter les valeurs trop endettées, qui pâtiront de la hausse des taux.

Christopher Dembik

Le cygne noir que nous redoutons, mais qui ne fait clairement pas partie de notre scénario de base, serait une erreur de politique monétaire de la part de la Fed qui entraîne un ajustement brutal sur le marché des obligations d’entreprises. L’un des problèmes de cette reprise économique est qu’elle s’appuie sur une hausse de l’endettement. La dette des entreprises au niveau mondial représente environ 95 % du KB mondial, une progression de 10 points de base depuis 2007. En outre, lorsqu’on regarde le spread sur les obligations d’entreprises américaines, qui est à un point bas historique autour de 1 %, on se rend compte rapidement que ce n’est pas normal. Tout cela peut exploser à tout moment si l’assainissement du bilan et-ou la hausse des taux se passent mal.

Que faire, compte tenu de ces risques, dans les portefeuilles ?

Éric Doutrebente

Notre politique d’investissement, valeur par valeur, ne varie pas. Nos investissements types sont des sociétés souvent familiales qui bénéficient d’une croissance intrinsèque largement supérieure à l’inflation (de 3 à 5 %), qui génèrent suffisamment de cash-flow pour financer leur croissance externe (ajout de 3 à 5 % de croissance supplémentaire) et qui ont une politique de dividende bien établie. On privilégie aussi bien de grandes valeurs comme L’Oréal, LVMH, Air liquide, que des valeurs plus petites comme Tarkett, Guerbet, Rubis ou Wessanen.

Philippe de Saint Martin

Nous mettrons à profit les potentiels creux de marché pour nous positionner sur les valeurs des secteurs connexes à l’intelligence artificielle, tels que les technologies (ASML, STM). Nous investirons également dans les financières, qui profiteront du mouvement de hausse de taux (Crédit agricole). Les secteurs cycliques, tels que la construction, ou les industriels (Stabilus, HeidelbergCement) présentent également des opportunités. Enfin, le secteur de la distribution, qui s’est fortement déprécié récemment, pourrait bénéficier de la convergence entre le physique et le digital, ce qui nous amènera à regarder certaines valeurs (Carrefour, Casino, Ahold Delliaize).

FAUT-IL CRAINDRE UN PLONGEON DU DOLLAR ?

Pierre-Antoine Dusoulier, Fondateur et directeur général d’iBanFirst

A priori non. Aucun indicateur ne le laisse présager, même s’il est bien sûr difficile de prévoir le cours des devises. Ce qui est certain aujourd’hui, c’est qu’il existe un différentiel important de 2 % au niveau des taux d’intérêt du dollar et de l’euro (les taux d’intérêt en Europe sont toujours à o %).

Mécaniquement, vous pouvez donc bénéficier aujourd’hui d’un rendement de 2 % en achetant des dollars avec des euros. Cela est principalement dû à la reprise économique aux États-Unis. La baisse d’impôts décrétée par l’administration Trump devrait également contribuer à renforcer le dollar. De plus, face aux risques géopolitiques actuels — Syrie, Corée du Nord —, il convient de préciser que le dollar a toujours été une valeur refuge. L’éventualité d’un conflit ne devrait pas aujourd’hui entraîner le dollar dans une tendance baissière. Seules des raisons politiques internes, notamment des désaccords au sein même du gouvernement, pourraient déstabiliser le billet vert. Je ne crois pas à ce scénario, 2018 sera certainement une nouvelle année de dollar fort.

L’OR, REMPART CONTRE L’INFLATION ET… LA CHUTE DES MARCHÉS

Philippe de Saint Martin

L’once d’or affiche une progression de l’ordre de 10 % en 2017, mais un recul de près de 25 % en dollars américains sur cinq ans. Son évolution est intimement liée à celle de l’inflation. Si cette dernière surprend les anticipations, l’or devrait poursuivre son chemin haussier en tant que rempart à l’augmentation des prix. L’évolution de l’or est également très corrélée à l’aversion au risque. En cas de défiance sur les marchés actions, le métal jaune jouera pleinement son rôle historique de valeur refuge. L’or est donc à acheter en fonction du scénario privilégié. Concrètement, si l’on croit au retour de l’inflation, à une normalisation plus agressive des politiques des banques centrales, l’or offrira un potentiel de hausse. Mais attention, un amendement au budget 2018 alourdissant la fiscalité du métal précieux a été voté. Il faudra attendre les décrets de la loi de finances pour voir s’il est entériné : la taxe forfaitaire passerait à 11,5 % et celle sur les plus values atteindrait 36,2 % au 1er janvier.