“La réforme fiscale propulse le Dow Jones vers les 25.000 points” Propos recueillis par Hervé Rousseau pour le Figaro

23 décembre 2017

La réforme fiscale propulse le Dow Jones vers les 25.000 points

ANALYSE – Depuis l’élection de Trump, Wall Street s’est envolé de 35 %. Au point que certains redoutent une surchauffe.

L’adoption de la réforme fiscale voulue par Donald Trump est une excellente nouvelle pour Wall Street. Depuis l’élection du milliardaire, en novembre 2016, cette promesse de campagne a galvanisé la Bourse de New York.

En un peu moins de quatorze mois, Wall Street s’est adjugé environ 35 %. Le Dow Jones flirte désormais avec les 25.000 points, et le Nasdaq, l’indice des valeurs technologiques, est proche des 7000 points. Des records absolus. Le vote de cette réforme était donc indispensable pour justifier de tels niveaux des indices. «Wall Street ne fait pas de politique. Ce sont les investisseurs qui donnent sa direction au marché et s’ils misent sur les valeurs américaines c’est qu’ils espèrent en tirer un profit», explique un professionnel.

Un formidable accélérateur

De fait, la réforme fiscale de Donald Trump est un formidable accélérateur pour Wall Street. En effet, le taux d’imposition des sociétés va passer de 35 % actuellement à 21 %. Pour parvenir à convaincre les parlementaires, Donald Trump a été contraint de lâcher du lest. Initialement, il souhaitait ramener ce taux à 15 % puis il ne voulait pas aller au-delà de 20 %. Il a finalement fait un pas de plus, en direction des parlementaires qui s’inquiétaient du coût de cette mesure pour les deniers publics. Cette mesure phare de la réforme fiscale n’en est pas moins très agressive. Dans les pays développés, la moyenne est de 22,5 %.

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Pour les spécialistes de Pictet AM, dès l’an prochain, «la baisse de l’impôt sur les entreprises devrait propulser les bénéfices par action des sociétés du Standard & Poor’s 500 d’environ 10 %». Une aubaine pour Wall Street. Elle devrait stimuler les bénéfices par action des entreprises américaines, la principale donnée suivie par les investisseurs. Reste que toutes les sociétés ne seront pas logées à la même enseigne. Les grandes multinationales ont déjà la possibilité d’optimiser leur fiscalité. L’effet sur ces entreprises devrait donc être très limité. L’immobilier «qui bénéficie déjà d’une fiscalité attractive ne devrait également tirer que peu de bénéfices de cette réforme», expliquait récemment Frédéric Rollin, stratégiste chez Pictet AM.

Les PME, grandes bénéficiaires

Pour les analystes, les grands gagnants de la nouvelle donne fiscale devraient être les PME dont l’activité est concentrée sur le marché intérieur américain. D’autant qu’elles ont pour l’instant peu profité de l’euphorie qui règne à Wall Street. Entre l’élection de Donald Trump et l’adoption de la réforme fiscale, le Russell 2000, l’indice des petites et moyennes capitalisations américaines avait gagné moins de 17 %. Mais cette semaine, dans un marché atone, avant la trêve des confiseurs, le Russell 2000 s’est réveillé: il s’est apprécié de près de 3,5 %.

Les grandes entreprises sont en revanche en première ligne sur un autre volet de la réforme fiscale: le rapatriement des bénéfices détenus à l’étranger. Actuellement, sur ces sommes, les entreprises subissent une ponction de 35 %. Ce taux a été ramené à 15,5 % pour le cash et à seulement 8 % pour les bénéfices réinvestis dans des actifs «non liquides». L’enjeu est énorme. Selon l’OCDE, les grandes sociétés américaines détiendraient 2600 milliards de dollars sur des comptes à l’étranger. Le record est détenu par Apple, première capitalisation mondiale, qui disposerait d’un trésor de guerre d’environ 260 milliards dont une bonne partie échappe aujourd’hui au fisc américain.

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Pour les analystes, si les entreprises jouent le jeu, une grande partie de cette manne devrait être rapatriée aux États-Unis et revenir aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachats d’actions. De quoi propulser Wall Street vers de nouveaux records.

Un marché devenu cher

«Après la formidable hausse de Wall Street, les mesures fiscales adoptées cette semaine sont déjà en grande partie intégrées dans les cours», estime toutefois Guillaume Dard, président de Montpensier Finance. Pour lui, «le marché américain est désormais devenu cher et les signes de surchauffe se multiplient». Les valeurs américaines se payent en effet en moyenne 18 fois les bénéfices attendus pour 2018. Du jamais vu depuis la bulle des années 2000.

Autre limite pour un investisseur européen, la baisse du dollar face à l’euro, qui est supérieure à 10 % depuis le début de l’année, obère la performance des valeurs américaines. Comme bon nombre de professionnels, Guillaume Dard préfère aujourd’hui se tourner «vers les valeurs européennes qui sont en retard et devraient profiter du réveil de la croissance sur le Vieux Continent», même si ajoute-t-il, «Wall Street réserve toujours des surprises inattendues à la hausse».

Propos recueillis par Hervé Rousseau pour le Figaro du 23 décembre 2017