Le Coronavirus et le « kilomètre sentimental »

Le Coronavirus et le « kilomètre sentimental »

La propagation du CoVid 2019 au plus près du monde occidental change l’état d’esprit des marchés

Tant qu’il se limitait essentiellement à la province de Hubei et sa capitale Wuhan, le CoVid2019 semblait largement ignoré par des marchés actions porté par un puissant sentiment d’optimisme venu d’Amérique.

Certes, la perturbation des chaines d’approvisionnement et la mise en « pause » du moteur chinois de la croissance mondiale, propulsaient vers les sommets des valeurs refuges telles que l’or, le dollar ou les obligations gouvernementales des pays les mieux notés, traduisant en cela un certain inconfort. Mais cela n’empêchait pas le S&P et le Nasdaq de battre record sur record.

Le développement rapide de nouveaux cas en Iran, en Corée du Sud et surtout en Italie, dans la région de Milan, a changé la donne. Car ce qui est proche de nous, toutes choses égales par ailleurs, nous touche davantage que ce qui nous est géographiquement éloigné. C’est le phénomène que l’académicien Jean Dutourd appelait « le kilomètre sentimental »

L’arrivée de foyers actifs de CoVid2019 à nos frontières, par son impact sur les comportements des acteurs économiques, peut modifier les prévisions d’activité en Europe.

Les dernières tendances macro-économiques, y compris après l’apparition du virus en Chine, étaient plutôt positives : notre indicateur MMS de Momentum économique de la zone euro, à 56, est ainsi nettement en territoire d’expansion.

Mais l’émotion suscitée par le développement de la contamination en Lombardie et en Vénétie place les gouvernements devant une dialectique difficile : Privilégier le principe de précaution, en multipliant les mesures fortes telles que la fermeture des frontières, la limitation des mouvements de biens et de personnes, voire le confinement de populations, ou chercher à maintenir la trajectoire économique pour éviter de creuser les problèmes sociaux ?

En fonction des choix des autorités, les scénarios de marchés divergent A ce stade, nous ne changeons pas notre approche constructive : sauf aggravation rapide de la situation, nous pensons que des points d’entrée intéressants pourraient se profiler rapidement.

En attendant, restons vigilants :  plus que la propagation du virus lui-même – dont le taux de létalité reste inférieur à l’épidémie de SRARS en 2003 – c’est bien la propagation de la crainte du virus, et des réactions émotionnelles qu’elles peuvent générer, que nous devons évaluer.

Par Wilfrid Galand