Le modèle chinois fragilisé par le Coronavirus

27 janvier 2020

Le modèle chinois fragilisé par le Coronavirus

Cette année, la période de fête qui marque le Nouvel an chinois durera plus longtemps que d’habitude dans l’Empire du Milieu. Rien de réjouissant : les autorités ont en effet décidé de prolonger la période de vacances scolaires et de fermeture des entreprises en raison des craintes d’expansion du Coronavirus, un virus agressif de type grippal qui se répand depuis Wuhan, quelque 800 kms à l’ouest de Shanghai.

A ce stade, l’impact sur la croissance mondiale semble limité à la baisse drastique attendue des dépenses des chinois à l’étranger, soit plus de 250 Milliards de dollars par an, contre dix fois moins au moment de l’épidémie du SRAS en 2003. Si ces dépenses venaient à diminuer de la moitié sur 2020, l’impact serait de l’ordre de 0.15%. Pas négligeable mais loin d’être majeur. Evidemment, en cas d’expansion fulgurante et de perturbation des chaines d’approvisionnement et de logistique, le choc pourrait être beaucoup plus brutal. Nous n’en sommes pas là.

Mais l’essentiel de l’impact se situe bel et bien en Chine. Economiquement d’abord : la consommation intérieure est désormais le moteur principal de la croissance du pays, contrairement à 2003 où les investissements et les exportations tiraient l’activité. Dans un contexte de ralentissement, de déficit fiscal record – estimé, tout compris, à plus de 6.5% du PIB pour 2020 – et d’endettement grandissant, les marges de manœuvre sont désormais faibles pour préserver le seuil symbolique des 6% de croissance.

Socialement ensuite : la perturbation de l’activité économique crée de l’incertitude sur le maintien d’un niveau d’emploi élevé, et la tension monte au moment où les familles se voient privées d’une de leurs rares occasion de se réunir, au moment du nouvel an chinois.

Politiquement enfin : la réaction tardive des autorités locales, suivie de mesures de confinement très strictes prises par le pouvoir central, rend difficile la position de Xi Jinping. Pire, elle pourrait entraîner des débats sur le socle de la « pensée Xi Jinping », à savoir la primauté du modèle politique chinois, censé apporté sécurité, stabilité et prospérité en échange de pouvoirs étendus accordés au parti communiste et au Président. Face au Coronavirus, le « Fils du Ciel », comme les scientifiques, est dans l’expectative.

Par Wilfrid Galand