« Les marchés sous-estiment l’incertitude liée aux élections américaines » par Wilfrid Galand pour les Echos

26 novembre 2019

« Les marchés sous-estiment l’incertitude liée aux élections américaines »

Le marché actions s’est-il montré exubérant ces deux trois derniers mois ? 

Le marché américain a fait preuve d’un optimisme à toute épreuve depuis septembre. Les opérateurs se sont auto-persuadés que la guerre commerciale allait se résoudre rapidement et que les risques de récession étaient derrière eux. Du coup, les valorisations ont atteint des niveaux plus élevés que ce que justifieraient les indicateurs avancés d’activité. Avec un PER (cours rapporté aux bénéfices par action) de 17,4, le S&P 500 est valorisé 10 % au-dessus de sa moyenne historique à 20 ans. L’histoire est différente en Europe. Le PER moyen y est autour de 14,2. A ce niveau, les valorisations sont en ligne avec leur moyenne historique. Pour 2020, nous sommes donc positifs sur les bourses européennes mais prudents sur les Etats-Unis.

Le risque lié aux élections politiques américaines est-il bien intégré par les marchés ?

Pas totalement. La plupart des prévisions sous-estiment probablement le choc d’incertitude lié aux élections américaines. Les rebondissements de la campagne électorale pourraient peser sur le marché. Le FMI prévoit 2,1 % de croissance aux Etats-Unis l’année prochaine mais selon nous, elle tournera plutôt autour de 1,9 %. Les marchés réagiraient sans doute positivement à une réélection de Donald Trump ou à l’émergence d’un candidat centriste comme Joe Biden ou Pete Buttigieg. En revanche, l’élection d’une candidate du pôle « rooseveltien », comme Elizabeth Warren, ou, pire, socialiste comme Bernie Sanders, créerait sans doute d’importants remous. Or, on le sait, à un an de l’élection, rien n’est joué.

Est-il possible d’imaginer un scénario catastrophe pour Wall Street dans lequel une loi interdisant les rachats d’actions serait votée ?

Il faut savoir que ce texte existe mais il est actuellement bloqué au niveau du Congrès. Si un candidat comme Elizabeth Warren ou Bernie Sanders était élu, une telle loi aurait une chance de passer. Les «buybacks » étant le principal moteur de Wall Street, les marchés n’apprécieraient sans doute pas. On s’attend à 710 milliards de dollars de rachats d’actions en 2019 et 675 milliards en 2020.

Qu’est ce qui pourrait décider les investisseurs à revenir massivement sur les actions ? 

Pour retour massif vers les actions, et en particulier vers les petites et moyennes valeurs en Europe, il faudrait une vraie amélioration des indicateurs avancés d’activité. Aux Etats-Unis, la dynamique est moins positive. En témoigne la contraction inattendue de l’industrie manufacturière américaine en novembre. 2020 sera une année clé. Ce sera peut-être l’année où s’achèvera la plus longue période de croissance américaine et le risque de récession ne peut toujours pas être exclu. Les modèles prenant en compte les données économiques à court terme l’évaluent à 30 % et ceux qui se basent sur la courbe des taux, à un peu plus de 50%.

Propos recueillis par Sophie Rolland, les Echos