Première décision de la BCE de l’année : « le calme, c’est la tenaille du bourreau » (Victor Hugo)

24 janvier 2020

Première décision de la BCE de l’année : « le calme, c’est la tenaille du bourreau » (Victor Hugo)

Christine Lagarde a deux soucis : les banques et l’inflation. Les premières ne prêtent pas assez malgré les taux négatifs et la deuxième refuse obstinément de se rapprocher de l’objectif de 2% malgré des injections de liquidités qui ont repris de plus belle (20 milliards d’euros par mois depuis le 1er novembre 2019).

Bref, la politique monétaire semble désormais impuissante. D’ailleurs, pour la première fois depuis des années, les marchés n’attendent aucun mouvement de taux pour 2020. Calme plat.

Face à cette situation, l’audace s’impose. Donc la BCE et sa nouvelle présidente, Christine Lagarde lancent une « Revue Stratégique ».  Soit. Que peut-on en attendre ? Pour les banques, la messe semble dite : la nasse des taux négatifs va progressivement se desserrer, via un recours de plus en plus marqué à des échelles variables en fonction de l’utilisation de leurs ressources (le « Tiering ») et les contraintes réglementaires vont arrêter leur course folle. D’autres outils « macro-prudentiels » vont être mis en place afin de mieux récompenser celles qui transmettent avec zèle la politique monétaire à l’économie réelle.

Mais le défi le plus grand est celui posé par l’inflation. Atone, elle marque l’échec des banquiers centraux. Mais si elle venait à s’emballer, mettons au-delà de 3%, c’est l’environnement de taux bas, véritable pierre angulaire des marchés, qui pourrait partir en fumée, et fragiliser le système financier européen… dont l’institution de Francfort est précisément la garante ! Torture de méninges garantie.

Alors que faire ? Nous n’aurons pas de réponse claire avant la fin de l’année selon la présidente de la BCE. Mais gageons qu’à défaut d’atteindre la cible, la BCE est tentée de changer celle-ci. D’abord sur l’objet même de la mesure : en intégrant par exemple la hausse du prix de certains actifs, comme l’immobilier. Mais peut-être aussi en changeant l’objectif : probablement moins en l’augmentant (difficile d’être crédible si l’on dit viser 4% alors qu’on a été incapable d’atteindre 2%, et les anticipations des acteurs, si elles sont rationnelles, le confirmeront) qu’en le rendant symétrique autour de la précédente norme.

L’intérêt majeur d’un tel changement serait sans doute… de gagner une nouvelle fois du temps au cas où l’inflation européenne, comme les frémissements actuels de certaines mesures d’inflation sous-jacente, dites « super-core » le laissent supposer, venait à progresser finalement plus vivement que prévu. Le calme sur le plan monétaire donc pourrait se prolonger …